
Les Murs ne font pas la prison de Joëlle Giappési, Ed Tamyras
Parfois, on entre dans un bouquin, comme ces touristes qui savent déjà
quels monuments ils veulent visiter. On se réjouit d’avance et on perd
sa spontanéité, sa capacité à être surpris. Quand j’ai eu entre les mains le
manuscrit des Murs ne font pas la prison, je me suis fait d’avance
le programme : l’enfer de la prison, la dénonciation sociale, la
rudesse des relations entre détenues, les tabous de la vie carcérale
dévoilés, le choc des cultures… Et puis j’ai lu.
A la première phrase j’ai su que je devais poser mes idées préconçues
à la porte et me laisser porter par le témoignage de cette ancienne
professeur d’université franco-libanaise arrêtée et jetée en prison
pour détention, usage et partage d’héroïne. Certaines histoires,
vécues ou non, touchent à l’universel et à l’intime. Je ne crois pas
qu’on puisse sortir indemne de la lecture de ce livre. Mais le miracle
c’est que Joëlle Giappési, à chaque page, nous fait tourner les yeux
de l’autre côté, là où on ne regardait pas. L’enfermement n’est pas
celui qu’on croit, la violence n’est pas là où on s’attendait à la
trouver. Par son style simple et élégant, Les Murs ne font pas la prison nous emmène découvrir une humanité entravée, meurtrie,
révoltée parfois, mais toujours émouvante.
L’incarcération, l’expérience de la drogue dure, ne sont pas les
sujets de ce livre. Au contraire, je crois qu’il s’agit de l’histoire
d’une lente libération, physique, psychique et spirituelle qui dura
cinq ans.
Une bonne partie de son incarcération, Julie, le nom Joëlle dans le
livre, la vit dans la croyance naïve qu’elle serait libérée bientôt.
Mais peu à peu, alors que l’espoir disparaît, l’énergie se concentre
sur la création d’un lien avec ses codétenues. Au delà des
différences sociales, linguistiques, ethniques ou religieuses, on voit
se dessiner un clan, presque familial, où l’on s’aime, se bat, se
trahit. Il faut survivre malgré tout, mais surtout, il faut continuer
à aimer pour ne pas se laisser gagner par la haine et la violence.
Visiter une prison n’est pas donné à tous. C’est pourtant le quotidien
de la famille des prisonniers, support indispensable, ceux-là n’ont
pas vraiment le choix. D’autres ont choisi d’être là, fidèles et
dévoué : ce sont les associations, ONG et mouvements d’aide aux
détenues. Joëlle Giappési rend ici un très bel hommage collectif et
personnels à ceux qui ont contribués à recouvrer sa liberté.
En livrant son témoignage, Joëlle nous a prouvé aussi qu’elle
était, avant tout, un véritable écrivain.
Cyril Hadji-Thomas
Pour en savoir plus :
Le livre
Julie est une survivante. Survivante de la guerre civile du Liban, survivante de vingt ans d’héroïne.
A 43 ans, alors qu’elle sort d’une énième overdose pour replonger aussitôt, les gyrophares cernent son appartement. Arrêtée, puis condamnée à cinq ans de prison ferme, au Liban, c’est alors la quête pour la survie qui s’instaure puis, lorsque les sens sont un peu apaisés, lorsque les émotions semblent sous contrôle, la quête de l’identité.
Cela pourrait être une fiction… mais n’en est pas une. Récit cru parfois, mais toujours vrai, qui nous renvoie à nos propres contradictions… La construction d’une nouvelle identité pour cette femme franco-libanaise, ex-junkie, ex-cadre en entreprise, ex-professeur d’université, ex-épouse et encore mère, est jalonnée par la création manuelle, l’enseignement aux détenues, la rencontre avec les associations de réinsertion, l’éveil spirituel, la participation depuis la prison et l’excellent résultat obtenu à la dictée francophone de Pivot, à Beyrouth en 2004.
Difficile métamorphose, mais possible, la vie après la mort blanche.
Note sur l’auteur
Joelle Giappesi représente bien la complexité libanaise, ses passions et ses contradictions. Née a Beyrouth de père français et de mère libanaise, sa jeunesse est marquée, comme tant d’autres, par la grande guerre civile, épreuve a laquelle elle ajoute une rébellion personnelle intense qui l’a menée longtemps dans la marginalité sociale.
En parallèle et comme en contradiction, elle développe un esprit de rigueur, termine des études de gestion et devient cadre en entreprise à 23 ans. Apres des années dans ce secteur, au Liban puis en France, elle enseigne l’économie à l’université Saint-Joseph à Beyrouth, où elle vit avec sa fille.
Actuellement directrice d’une école de langue arabe pour étrangers, lieu par excellence de dialogue des cultures, elle met à profit son esprit créatif pour écrire, ou concevoir des bijoux de fantaisie.
Joëlle Giappési a donné le jeudi 5 juin au Théâtre Montaigne une conférence sur sa détention. Elle a ensuite signé son livre.
Note sur l’éditeur
Depuis sa création en janvier 2003, Tamyras a constitué plusieurs collections qu’on pourrait présenter comme ceci :
-Une collection de livres jeunesses répondant à un besoin du marché insistant sur la culture méditerranéenne et le bilinguisme
-Une collection de romans d’auteurs libanais dont la trame se situe autour du Liban
-Une collection de livres sur les particularités libanaises en matières de culture, langue, cuisine et traditions.
-Une collection de Beaux-Livres alliant belles illustrations et textes recherchés.
« Les murs ne font pas la prison » est le deuxième d’une nouvelle collection «Vécu » qui mêle réalité et émotion, partage et témoignage.
juste après « La croix des années rouges » de Nadim Abboud sorti en mars 2008 et disponible dans toutes les librairies.
Tous les livres de Tamyras sont disponibles sur antoineonline.com. Vous pouvez également consulter le site www.tamyras.com.
Pour plus d’infos : tamyras@tamyras.com
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