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Alinea, la newsletter de la librairie Antoine #21 
Lundi 14 décembre 2009  
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En Exergue

De la rentrée d’octobre, cette année très riche et diversifiée, quelques petites pépites :

 

Mauvaise fille de Justine Lévy chez Stock

Dans ce troisième roman de Justine Lévy, la narratrice prénommée Louise tombe enceinte alors que sa mère se meurt d’un cancer. « Ce qui est monstrueux, c'est que j'ai zappé maman en faisant un enfant ». Partagée entre la vie et la mort, Louise se souvient de son enfance dans cette épreuve difficile. Comment devient-on mère lorsque la sienne n’a pas assumé son rôle ? Lorsqu’on a été élevée par une mère absente et irresponsable… une « mère indigne » ? Comment se défaire de ses propres désirs de mort et de culpabilité quand on est une mauvaise fille qui tombe enceinte au mauvais moment ? Autant de questions qui se posent dans cette autofiction parfaitement maîtrisée pour décrire les relations ravageuses entre mère et fille ; les blessures du passé, la grossesse et le deuil sont retranscrits dans cette écriture fragile et convulsive. 

 

La vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint aux Editions de Minuit

« Plus tard, en repensant aux heures sombres de cette nuit caniculaire, je me suis rendu compte que nous avions fait l'amour au même moment, Marie et moi, mais pas ensemble » Ce soir-là Marie faisait l’amour avec Jean-Baptiste de Ganay quand celui-ci est brusquement frappé d’une crise cardiaque, des urgentistes défilent alors dans cette nuit inaugurale. Une scène apocalyptique décrite dans le moindre détail. D’autres scènes spectaculaires suivront celle-ci, celle de la fuite d’un cheval sur le tarmac de l’aéroport de Tokyo et celle d’un incendie ravageur sur l’île d’Elbe. Un paysage saisissant sous la plume de ce plasticien des mots dont l’écriture sensuelle restitue au sentiment amoureux son pouvoir de fascination.

 

La prospérité du vice de Daniel Cohen chez Albin Michel

Daniel Cohen retrace des siècles d’humanité dans un style clair et concis. Selon lui, la théorie du « choc des civilisations » de Huntington ne rend pas compte d’une réalité à venir, le monde court à sa perte ; il se mondialise en reproduisant le schéma occidental. Or l’Occident malgré sa prospérité n’a pas pu se sauver, les deux guerres mondiales ont bel et bien marqué sa fin. La question posée à la fin de cet essai est celle de savoir si le monde saura éviter un autre suicide collectif ? Daniel Cohen nous livre en effet Une introduction (inquiète) de l’économie mondiale en jetant l’entière responsabilité sur l’homme moderne dont l’appétit insatiable porte de lourdes conséquences sur l’écologie mondiale.

 

Toxique de François Sagan chez Stock

« Si on reste ici plus d’un mois, on doit prendre une telle habitude d’être protégée, considérée et soignée qu’on ne peut plus sortir sans angoisse. » C’est sur ces mots que Françoise Sagan finissait son séjour en cure de désintoxication après un accident de voiture. Dans ce journal, elle partage ses pensées, ses lectures et ses peurs, son angoisse de la solitude et du vide. Des textes écorchés accompagnés d’illustrations réalisées par Bernard Buffet.

 
Les saisons de la solitude de Joseph Boyden chez Albin Michel

Moosonee, coin paumé du grand nord canadien, ville du bout du monde à la lisière des paysages grandioses et sauvages de la baie James d’où sont originaires Annie et son oncle Will, les deux voix des saisons de la solitude, deux indiens Cree qui luttent comme ils peuvent contre le coma de l’un et la fuite de cette identité indienne, malmenée par l’effacement des traditions, l’alcool et la cocaïne, l’assimilation contrainte. Couronné par le Giller Prize, le plus prestigieux prix littéraire canadien, Les saisons de la solitude entraîne le lecteur tantôt dans les immenses forêts au plus près de la vie sauvage, tantôt dans la jungle urbaine de Toronto et de New York, deux mondes où s’entrechoquent modernité et retour aux sources. Une magnifique fresque individuelle et familiale, celle des Indiens d’Amérique d’aujourd’hui.
 
La dure loi du Karma de Mo Yan chez Seuil

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’humour chinois et que vous n’avez jamais osé demander. Ximen Nao est un homme respectable. Dans les années 50 en Chine, il vit “normalement”, c’est-à dire avec femme, concubines, enfants, enfants de concubine, enfants adoptifs, bétails, terres à cultiver et voisins dont il faut se méfier. Sa vie exemplaire aurait dû le mener tout droit au paradis des gens bien mais le karma de Ximen Nao le conduira en enfer et son tourment pourra alors commencer. Condamné à revenir au sein de son univers mais dans la peau d’un âne, Ximen Nao se réincarnera ensuite en bœuf, cochon, chien et singe et pourra ainsi suivre de très près, quoique sous des apparences un peu complexes, les tribulations de ses descendants et les changements drastiques de la Chine profonde. On a un peu de mal au début à se faire à l’ironie mordante (et chinoise) de cet auteur très particulier mais il faut s’accrocher car ce livre est une découverte, mêlant adroitement sagesse et drôlerie, désespoir et lucidité, légèreté et profondeur.
 
Mémoires d'une Egypte perdue de Colette Rossant

Une façon bien originale de raconter ses souvenirs puisque l’auteur, nostalgique de son enfance passée en Egypte, émaille son récit de recettes savoureuses au bon goût d’hier. Souvenirs gustatifs donc, mais aussi olfactifs et visuels avec les étals des marchés, les légumes luxuriants et les plats colorés. La table est le point de rassemblement de toute la famille et les repas ponctuent le quotidien. Comment alors évoquer son enfance sans se rappeler telle ou telle saveurs, telle ou telle spécialités, tel ou tel plaisirs de bouche.

En route vers Woodstock : De Kerouac à Dylan. la longue marche des babyboomers de Jean-Marc Bel chez Le mot et le reste

Découvrir une autre façon de vivre. Mettre l’amour en tête d’affiche. Partager et vivre en communauté. Le fameux Peace and Love des années 70 parait aujourd’hui aussi lointain que la plus lointaine des planètes. Et pourtant. Des centaines de milliers de jeunes y ont cru. Des centaines de musiciens l’ont chanté. Plusieurs générations y ont rêvé. Ce livre retrace les principales étapes de ce bouleversement total dont le rassemblement à Woodstock a été le pivot central. Entre le film d’Aung Lee, Taking Woodstock, qui a triomphé à Cannes et ce livre très bien documenté, une autre révolution de l’amour à l’horizon ?

 
Un ticket pour l'enfer de Laurent Botti aux éditions XO

Un policier extrêmement bien ficelé où l’auteur n’a pas besoin de tonnes d’hémoglobine pour vous emmener loin dans l’art du suspense. C’est très bien mené et l’intrigue est passionnante. L’écriture est fluide et agréable. Un petit plaisir à s’offrir pour les soirées d’hiver.
Solo d’un revenant de Kossi Efoui chez Seuil et prix des Cinq continents

Dans Solo d’un revenant, le narrateur, revenu dans son pays après dix ans de massacres, cherche à comprendre comment son ami Mozaya est mort. A la fois je et il, il reste toutefois celui qui a « l'impression d'avoir perdu toute raison d'être là, l'impression de [se] perdre de vue [lui]-même: d'être sur une barque qui s'éloigne de la rive et d'être en même temps l'homme debout sur la rive qui regarde la barque s'éloigner, d'être le même homme sur le point de disparaitre brusquement des deux côtés de l'horizon », à la frontière entre réalité et fiction, vengeance et pardon, vie et mort. Dans Solo d’un revenant, l’écrivain togolais Kossi Efoui, lauréat du Prix des cinq continents le 24 octobre 2009 au Salon du livre Francophone de Beyrouth, explore l’absurdité des guerres fratricides, des enfants-soldats, des déplacements des frontières, bref, d’une histoire africaine récente, en éternel recommencement.
 
L'Echappée belle de Anna Gavalda chez Le Dilettante
 
Quatre frères et sœurs se retrouvent le temps d’un week-end pour un mariage qui s’annonce particulièrement ennuyant. Simon, Garance et Lola décident de quitter la cérémonie pour retrouver leur petit frère Vincent. Une échappée belle pour fuir l’ennui des convenances et les sautes d’humeur de Carine, la femme impossible de Simon. Ils prennent alors la route en écoutant Vivaldi, Cyndi Lauper, The Cure… et en buvant du sancerre dans de grands éclats de rire. Une novella, à mi-chemin entre la nouvelle et le roman, tendre et légère à savourer en quelques heures seulement.
Anna Gavalda a fait paraître ce texte en 2001 pour les adhérents de France Loisirs mais grâce à l’insistance de ses lecteurs, elle a revu et « restauré » ce court roman pour le publier chez Le Dilettante.

 

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