Une fois la lecture entamée, il est difficile sinon impossible de lever les yeux avant le mot fin. Dès les premiers mots, on est conquis par la sobriété de ce récit poignant et oppressant. On parcourt les lignes dans un élan de compassion tel qu’en silence, subrepticement, on partage l’épreuve insoutenable de Mathilde malmenée pendant des mois par son patron et qui sombre inexorablement dans la dépression. On accompagne tour à tour ces personnages ; de Mathilde on passe à Thibault fou amoureux de Lila qui ne l’aime pas en retour. Au fil des pages, on perçoit l’essoufflement des personnages dans les couloirs souterrains des transports en commun. Partagé entre la douleur et la révolte, on a envie d’arracher ces pages, d’effacer ces lignes mais on attend dans un dernier sursaut d’espoir le jour où leur vie doit basculer, le 20 mai. Delphine de Vigan raconte merveilleusement bien ces vies écorchées et décrit dans le détail la souffrance qui grandit, d’une plume acerbe, dans un style vif et percutant.