Je défie quiconque de commencer à lire ce livre et de le lâcher avant la dernière phrase. Et encore, c’est le livre après qui ne vous lâche plus. Deux êtres solitaires, pas à leur place, tristes et rejetés. Deux êtres qui voudraient n’avoir jamais existé. Deux âmes différentes, vivant et évoluant dans une autre dimension, la leur, hermétique aux autres. Fatalement ces deux-là devaient se rencontrer. Mais que feront-ils de leur histoire ? Même si la mélancolie baigne tout ce récit, l’écriture est tellement étrangement détachée que l’on s’approprie complètement l’histoire. On tremble à chaque page, on devient Mattia, on est Alice. Dans ces adolescents capables d’aller jusqu’au bout de leurs différences, on reconnaît nos faiblesses, nos malaises et nos peurs. De ce monde hostile qu’ils habitent uniquement en surface, on reconnaît nos perversions, nos limites et nos travers. Giordano est un grand maître du mot. Sans en avoir l’air, il nous conduit au fond de nous-mêmes.