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Pour :
Mise en abime
« On vit dans une époque frigide, d’impuissance et de Viagra. Tu te rends compte, on a même supprimé à Barcelone le grand prix érotique de la Sonrisa Vertical. Je te suggère, je te prie de l’accepter, de transformer dans toute la mesure du possible, l’érotique en policier. Le polar de gauche est à la mode, ça se vend plus que bien…. »
Extrait d’une lettre que l’éditeur adresse à la narratrice…. Le ton du roman est aussitôt lancé. Une jeune romancière cubaine est en panne d’inspiration. Roman érotique ? Policier ? Elle ne sait quoi écrire jusqu’au moment où elle trouve enfin le sujet de son nouveau roman. Comme dans ses précédents livres, Zoé Valdès fait ici preuve d’originalité : une thématique subtile où l’humour est au rendez-vous. Le lecteur prend part à l’intimité de la narratrice et découvre une personne à la fois sensuelle et intellectuelle. Une femme très moderne, on ne peut plus contemporaine qui mêle à son activité littéraire des sentiments éminemment féminins…. Et le roman arrive au faîte de son originalité lorsque la narratrice mêle sa vie privée (ses aventures avec son nouvel amant homme d’affaires) et sa vie professionnelle. Véritable mise en abime …. Sa vie amoureuse avec Richard est en parfaite symbiose avec celle des héros de son roman : les danseurs Juan et Canela… Mais les choses ne sont pas si simples : d’autres histoires viennent se mêler au récit amoureux ; du Zoé Valdès à l’état pur. Le lecteur ne sait plus où donner de la tête ? Lit-il les histoires de la narratrice ou celles des héros de son roman encore inachevé ? Ces personnages qui communiquent aisément entre eux sont ils réels ou fictifs ? Au sein d’une même fiction qui n’est autre que le roman que nous lisons. En effet, la vie de la narratrice fait subitement irruption dans celle de ses personnages... « La littérature seule peut nous sauver, mais existe-t-elle encore la littérature ? Les hommes jouent avec la mort, ils lisent moins et pis encore, ils vivent pour la plupart avec une idée très pauvre de leur plaisir » Ainsi s’achève le roman avec cette notre de l’éditeur qui reprend bien le thème de « Danse avec la vie » En effet, la littérature ne s'y efface-t-elle pas pour mêler si habilement fiction et réalité ?
Malaké Chaoui |
Contre :
Tout avait pourtant bien commencé. Le sujet est accrocheur. Entre fiction et réalité, l’auteure se met elle-même en scène pour répondre aux demandes pressantes de son éditeur qui lui “commande” un livre érotique vendeur. Ses personnages s’imposeront alors d’eux-mêmes dans un chassé-croisé judicieux. Les deux univers vont se juxtaposer à travers les pages et le lecteur est bien arrimé. Mais ces deux mondes qui ne sont pas faits pour s’entrecroiser vont finir par se rencontrer et… détruire la cohérence intelligente qui faisait l’essentiel de la trame. Qui fait quoi ? Qui vient faire quoi ? Les deux histoires finissent par former un magma informe à mi-chemin entre l’absurde et la tragi-comédie. Il y a des morts, des drames, des parties de jambes-en-l’air mais tout cela dans un espèce de patchwork du plus mauvais goût. L’éditeur semble la seule référence plausible de cette drôle d’aventure qui laisse pantois. Cela aurait pu être une bonne idée du genre de celle de La rose pourpre du Caire du très inspiré Woody Allen. Seulement pour se laisser aller à ce genre de turpitudes littéraires, il faut une structure béton que peuvent tenter de démanteler en vain tous les délires de la plume. Il n’est pas sûr que Valdés ait su poser correctement et solidement les piliers de cette structure. Ce qui est sûr c’est que la deuxième moitié du livre s’essouffle et laisse le lecteur sur sa faim. Il n’est pas donné à tout le monde de savoir, avec dextérité, mêler fiction et réalité ou, pire, et c’est ce qu’a essayé de faire l’auteure, fiction réelle, et fiction imaginée. Pas facile et pour le coup, pas vraiment réussi. Ce n’était d’ailleurs dès le départ pas tellement une bonne idée, tant elle contenait des relents de déjà-vu, déjà entendu. Les fans de Valdés se consoleront en se disant que ce n’est qu’un incident de parcours.
Tania Hadjithomas Mehanna |