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Alinea, la newsletter de la librairie Antoine #11 
Jeudi 23 octobre 2008  
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Pages Libanaises

Enfin, serait-on tenté de dire. Enfin, les Libanais écrivent. Les Libanais exorcisent. Les Libanais ont entamé leur travail de catharsis, nécessaire pour mieux appréhender l’avenir. On ne sort certes pas indemne de toutes ces guerres qui ont déchiré le pays et charrié dans leurs sillages sanglants les illusions, les espoirs, les enfances, les jeunesses, les vies de millions de Libanais. Durant les 15 ans qui ont suivi les conflits armés, un silence notable s’était installé sur la place. Il était sans doute trop tôt pour parler, trop tard pour dénoncer, trop douloureux pour s’en souvenir. Mais la Guerre de Juillet semble avoir été la guerre de trop. Elle a réveillé les vieux spectres, aiguisé les plumes et fait se délier les langues. Les souvenirs ont ressurgi avec la douleur qui va avec comme des témoignages vibrants de la souffrance vécue par plusieurs générations. Et dans ce florilège de livres magnifiques comme savent l’être les livres sincères, des auteurs de l’exode, des auteurs d’ici, des auteurs en partance, tous liés à leur terre et à leurs origines par ce lien indestructible qui a tout défié et tout traversé.
 
 

De Niro's game de Rawi Hage

Un vrai coup de poing que ce livre. Pour toute une génération née un peu avant la guerre, le début des années 80 a symbolisé le summum de l’espoir, de la déception et de l’horreur. Dans la douce folie des idéaux, les endoctrinements sauvages qui entraînent vers l’abject, dans ce règne absolu des milices, Bassam et Georges vont de murs en murs, de chutes en chutes. A cette roulette russe, ce flirt avec l’indicible, l’un survivra et l’autre mourra. L’un partira et l’autre restera. Ce livre ne laisse pas indemne. Ceux qui ont vécu cette douloureuse période la revivront comme une épreuve, ceux qui n’étaient pas nés la découvriront avec effroi. Rawi Hage ne fait pas de cadeau à ses souvenirs, son écriture crisse sur nos pages que l’on a voulues rendre lisses. Il y a encore trop de choses à dire, à écrire, à vomir et à expier.  

 
 
Très attendu, le livre de cette Libanaise, devenue grand reporter sur TF1, raconte la guerre vécue en filigrane. Partie dès le début des événements, Nahida Nakad vivra de l’extérieur les conflits, les destructions, les morts brutales de ses proches, les violences et la destruction systématique et progressive de tout ce qui faisait son monde “avant”. Usant tour à tour d’un style journalistique et narratif, l’auteure effectue un tour d’horizon des dernières décennies. Nostalgie et regrets émaillent ce livre même si, en conclusion, Nakad avoue repousser petit à petit ce Liban qu’elle a aimé et dont elle ne veut rien transmettre à son fils. Ses racines l’encombrent visiblement même si elle vient de consacrer près de 330 pages à ce pays qui était le sien. Paradoxe flagrant que vivent ces Libanais qui sont partis… mais peut-être pas tout à fait.
 

« J’ai quinze ans. Je traverse la ligne de démarcation. C’est comme un film muet, pellicule noir et blanc. Noires les boutiques calcinées, blanc le soleil du Liban. J’imagine que le franc-tireur est humain. Je marche en souriant pour qu’il ne tire pas. Je prie pour qu’il ait une mère, une sœur ou une fiancée. N’importe quelle image tendre qui puisse s’interposer de manière fulgurante entre lui, l’œil du chasseur, et moi, la tête du chassé. » Publié chez Gallimard, La main de Dieu de Yasmine Char a des mots magnifiques, des mots de poète, des mots de petite fille, des mots d’enfant meurtrie pour raconter la guerre, la peine, la perte et l’adolescence à vif dans un pays exsangue. Un livre superbe à recommander.

 

Aux éditions L’Orient Le Jour, un recueil d’articles regroupés sous un titre qui veut dire beaucoup, Mémoires de survie. Durant les années de guerre, Maria Chakhtoura a été bien plus qu’une journaliste. Un témoin du désarroi de tout un peuple, du quotidien difficile de citoyens ordinaires, du martyre de tout un pays. Pourquoi exhumer aujourd’hui ces textes d’un hier douloureux ? « Parce que, comme l’écrit Issa Ghoraieb, de vieux démons sont toujours là qui rôdent encore en ces temps troubles où se cherche l’indépendance. Parce que l’évocation des souffrances passées est un puissant facteur de dissuasion face aux défis de l’avenir. »

 

Pour que personne, jamais, n’oublie, Nadim Abboud, aujourd’hui avocat, publie chez Tamyras le témoignage poignant de son passé de secouriste à la Croix-Rouge Libanaise. Dans ce livre nécessaire au titre comme un coup de poing, La croix des années rouges, l’auteur raconte d’une façon totalement objective et neutre, les horreurs, le désespoir, la cruauté et l’ampleur de cette guerre libanaise dans la période allant de 1985 à 1993. Et lorsque l’on referme ce livre qui relate jour par jour les missions remplies par ces bénévoles le plus souvent au péril de leur vie, on n’a plus qu’une envie, celle de prêcher la paix, maintenant, tout de suite. « J’aimerais qu’il soit lu pour ce qu’il est, comme il est, comme il a été vécu. L’histoire d’un adolescent qui s’est engagé comme tant d’autres à être secouriste et à remplir Sa Mission. Sans se douter jamais qu’il en sortira un autre homme. Nous avons tous nos histoires à raconter, voici la mienne. J’avais 17 ans. »

 

Nadim : un Liban généreux de Raïf Shwayri.
Revenu au Liban au chevet de sa mère malade et après de longues années d’exil, Nadim va retrouver le pays de toutes ses douleurs et de tous ses bonheurs, son ami Charlie qui a vécu tout le drame de la Palestine et Monsieur Nadim, le fondateur de l’organisation humanitaire de développement Al Kafaàt qui l’a recueilli. Cette docu-fiction nous plonge dans un Moyen-Orient éclaté, dans un kaléidoscope de drames humains avec une grande émotion en toile de fond. A lire absolument. 

 

J'ai déposé les armes : une femme dans la guerre du Liban de Régina Sneifer
Engagée dans les milices libanaises pendant son adolescence et sa jeunesse, une femme témoigne de la fascination que la guerre a exercée sur elle. L'auteure raconte aussi de quelle manière elle a réussi à sortir de toute cette violence des armes.

 

Le cèdre et la croix de Jocelyne Khoueiry
Portrait d'une femme (la narratrice) qui, au cœur d'un conflit meurtrier, eut un jour la révélation du Christ. Le 13 avril 1975 éclate la guerre du Liban. Jocelyne Khoueiry, 20 ans, s'engage dans la milice pour défendre son pays. Le récit est celui d’une femme qui a mûri et qui a trouvé sa voie dans la foi et la religion.

 
L'école de la guerre d'Alexandre Najjar
Après un exil volontaire de sept ans, le narrateur est de retour à Beyrouth. Il retrouve sa famille, ses amis mais, très vite, son passé le rattrape. Enfant et adolescent pendant la guerre civile, il se souvient de toutes ses souffrances… Sur un ton tantôt grave, tantôt ironique, il passe en revue une série d’événements, à la fois graves, ironiques, surréalistes ; ces petits faits quotidiens engendrés par la guerre
 

 

 

33 jours de Laure Ghorayeb
Décidément, ces jours maudits n’ont pas fini de laisser des traces persistantes dans les esprits. Images fortes, mots percutants, chacune des planches de ce livre grand comme un pamphlet, violent comme un réquisitoire vous prend à la gorge et aux tripes. Mais fermer les yeux ne servira à rien…

 
Le Liban: pays hors sujets? du Dr Jamil Berry
 
Quatre millions de Libanais, 18 millions d’expatriés. Des destins différents mais tous avec la guerre comme toile de fond. Aujourd’hui, les Libanais écrivent. Ils racontent leurs parcours toujours différents, toujours difficiles, leur attachement à leur pays, leurs pas dans leur pays d’adoption. Des témoignages nécessaires pour que chacun à sa manière effectue enfin son travail de catharsis avant que d’instituer un vrai chantier de reconstruction morale collective. Chirurgien au Liban et en France, le Dr Jamil Berry raconte ici son expérience à l’ombre de deux guerres israélo-libanaises. Des moments durs qui font se pencher l’auteur sur les principes mêmes d’humanité.
 

 

 

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