Alinea, la newsletter de antoineonline.com #06 
Vendredi 16 mai 2008 

 

La sortie de son roman Phénicia chez Plon, nous a donné l’occasion de poser quatre questions à Alexandre Najjar.

- Quel ressort dramatique dans l’Histoire du people phénicien vous a inspiré un roman plutôt qu’une fresque historique ?

Il y a eu d’excellents essais sur la Phénicie, écrits par d’éminents historiens ou archéologues. Mais Phénicia est à ma connaissance le premier roman sur la Phénicie (si l’on excepte Carthage qui a fait l’objet d’une littérature abondante). L’avantage pour un romancier est qu’il peut combler les vides de l’histoire grâce à son imagination. En l’occurrence, la civilisation phénicienne a été longtemps occultée et les historiens savent peu de choses sur le mode de vie et l’organisation sociale des Phéniciens. C’est là où le romancier prend le relais.

- Il existe un parallélisme troublant entre votre livre et ce que le Liban vit aujourd’hui. Perpétuelle recommencement de l’histoire ou déterminisme de la géographie ?

On ne peut dissocier l’histoire de la géographie ! Je crois bien sûr au recommencement de l’histoire ; j’aime citer cette phrase de Tocqueville : « L’histoire est une galerie de tableaux où il y a peu d’originaux et beaucoup de copies »… Mais la géographie détermine aussi le destin de notre peuple. Nous sommes dans une zone stratégique, au carrefour de trois continents, au milieu d’une région explosive : hier Darius, Alexandre ; aujourd’hui, l’Iran, Israël… Cette position géographique a été pour les Phéniciens – et pour les Libanais ! - un atout et une faiblesse à la fois.

- Dans ce livre vous donnez la parole aux assiégés mais aussi aux assiégeants. Pensez-vous que c’est là une manière concilier les points de vue et une incontournable méthode pour parvenir à une entente durable ?

Je n’ai pas voulu concilier les points de vue mais atteindre une certaine vérité. « Qu’est-ce que la vérité ? » lit-on dans les Evangiles. Cette question m’a toujours préoccupé, comme avocat et comme écrivain. En donnant la parole à l’assiégé et à l’assiégeant, je permets au lecteur d’avoir une double perspective du siège de Tyr et de se rapprocher autant que possible de la vérité. Le narrateur Zénon déclare d’ailleurs dans Phénicia que « pour comprendre une guerre, il ne suffit pas d’écouter les victimes, encore faut-il interroger les bourreaux ! »

- Vos livres sont toujours dans la trajectoire d’une actualité brûlante. Est-ce une façon d’aller avec la vague, ou une forme d’anticipation ?

Une forme d’anticipation, je crois. J’ai écrit Les Exilés de Caucase juste avant l’embrasement du Caucase et Le Roman de Beyrouth juste avant l’assassinat de Rafic Hariri et le retrait syrien. Je devrais peut-être me reconvertir dans la voyance !

 

 

 

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