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Tasso, poète de l'improbable
«Il avançait dans la nouvelle époque
C’est à peine s’il pouvait imaginer l’inachevable..
De ce rêve de peindre. Il s’était réveillé
Pour rejoindre les oiseaux, les branches et les grappes,
Le bruit de la rue
Et quelques statues dans un jardin public»
De neige et de pierres
Alain Tasso
La poésie de l’improbable
Auteur de plus de 10 recueils de poésies, Alain Tasso, franco-libanais,
autodidacte, a tracé son chemin non sans difficulté dans un pays où la
poésie souffre.
La librairie Antoine connaît bien ce poète qui est également un peintre
talentueux puisqu’elle a accueilli « ses œuvres peintes »
(calligraphies, encres, livres d’artistes) dans la librairie d’Achrafieh
; évènement à succès où la peinture a joliment orné les cimaises de
l’écriture….
Lauréat de plusieurs prix littéraires dont le prix Desnos, Tasso, un des
grands noms de la littérature libanaise, s’est vu décerner « les Arts et
les Lettres » par le gouvernement français.
Il enseigne actuellement l’Esthétique et l’Histoire de l’Art à
l’Université Saint-Joseph.
Alain Tasso a commencé son parcours par une poésie mystique
(« Les lampes d’écume», chants purement soufis qui vont directement vers la
transcendance, pour projeter son écriture vers un expressionnisme qui
dénonce pour révéler («Fragments Chaotiques» ou «Sang des neiges».
L’humain était au départ au centre de sa thématique à travers des vers
qui suggèrent la sensibilité de l’être aujourd’hui étiolée.
Désormais, et depuis « De neige et de pierres » et « Assomption d’une autre saison» (long poème) et toujours dans une écriture purement
inscrite dans la modernité, sa poésie a évolué vers un langage beaucoup
plus dense à travers l’invocation de la nature où la neige tient une
place prédominante. Salué par les critiques et les poètes dont Yves
Bonnefoy qui lui écrit « Votre poésie nous donne à penser », Alain Tasso
prépare un nouveau recueil dans lequel « la modernité de l’écriture est
à son faîte »…. Boutros Boutros Ghali, alors secrétaire général de
l'organisation mondiale de le francophonie lui écrira: « Vous
représentez, par là-même, l'exemple le plus éclatant de la vitalité de
la francophonie, dans son aspect le plus pur et le plus littéraire ».
Comment peut-on décrire l’état de la poésie aujourd’hui ?
Il y a d’abord une carence dans l’enseignement de la poésie moderne,
celle d’après les années 50. Aussi, beaucoup de chercheurs ne sont pas
encore sortis des conventions traditionnelles. En réalité, la poésie
n’est nullement cathartique. Le poète n’est pas là pour pallier aux
maladies et aux fantasmes des uns et des autres.
Contrairement à ce que l’on croit, la poésie se porte très bien. En
effet, le 20^ième siècle a permis à la poésie de se libérer de ses
exigences canoniques. Le poète peut aujourd’hui embrasser le monde en
faisant éclater ses vers, libre sur sa feuille blanche, dans son espace
de lumière. L’éclatement de la technologie, la banalisation de l’image
et l’égoïsme nous laissent penser que la poésie ne se porte pas.
C’est l’être humain qui ne va pas, englué par l’immédiateté de
l’apparence et qui ne recherche qu'à assouvir ses plaisirs directs et
éphémères, qu'il soit lecteur ou écrivain. Chez un grand nombre de
narrateurs, l'écriture ne cherche qu'à encenser l'ego, à travers des
autobiographies ou des histoires qui répètent tant d'autres et qui,
finalement, n'intéressent ni la littérature, ni la situation littéraire,
ni encore le lecteur averti. Si les six milliards d'êtres humains
s'amusaient tous à écrire leurs biographies respectives, quelle
bacchanale inextricable! Il semble aussi, et de plus en plus, qu'un
grand nombre d'écrivains - du dimanche-, soient en train de voler la
littérature de ses buts nobles comme un grand nombre de pseudo artistes
qui s'approprient le terme « art » et l'éloignent de ses fonctions
essentielles. Le monde va mal, je le répète.
Pourquoi ne publie-t-on pas assez de recueils de poésies ,
contrairement aux romans et essais ?
Jusqu’au début du 20ième siècle, souvent, les maisons d’éditions
perdaient de l’argent car elles ne publiaient que des textes sérieux. Le
gain n'était pas leur intérêt principal. Aujourd’hui tout ce qui
intéresse, c’est le gain direct, l’assouvissement de l’âme d’un lecteur
lui-même en proie avec son ego et ses tourments intérieurs, donc
l'éphémère dans toute sa médiocrité. Il y a un nombre non négligeable de
publications poétiques, et plus qu'il ne faudrait.
Quels sont vos poètes préférés ?
Tant de personnes de bonne volonté de par le monde : Reverdy, Yves
Bonnefoy, Juarroz, Neruda, Montale, Saint-John Perse, Rilke, Celan, les
poètes soufis, et tant d’autres poètes indiens, turcs, roumains,
allemands...aussi des poètes moins connus mais tout à fait exceptionnels...
Et au Liban ?
Un pays francophone ne doit pas se contenter de ce que la France lui
offre. Elle lui a offert sa langue et cela est primordial. Les auteurs
doivent enrichir cette langue et lui apporter du nouveau.
Certainement, je le pense sincèrement, écrire dans une langue si belle
et si riche que la langue française, c'est respecter toutes ses valeurs
continentales et universelles ou, tout simplement, ne
pas écrire du tout.
Voici une sélection Antoine de quelques livres de poésie publiés récemment.
Alors les mots de Maroun Zakhour aux Editions Antoine
"Alors l'amour s'agite
Palpite
De quai en quai
De ville en ville
Alors les mots
Ne nous bouleversent plus
Les mots plus insonores
Que l'absence"
Itinéraire poétique marqué par des thèmes universels tels la quête de l'amour, le sens de l'existence, la douce mélancolie, mais aussi Beyrouth meurtrie, l'horreur de la guerre...
Le tout virevoltant en vers libres ou coulant le long de poèmes en prose. On y ressent une poétique, une musique au rythme de résonances particulières, de visions plus ou moins troublantes...
Mélancolie s'accordant à la solitude, les mots sont libres, les vers libérateurs.
Désormais, je parlerai au vent… de Rami Pascal Azzam, Editions de la Revue Phénicienne.
La Promesse
"Si je suis loin un jour, je serai toujours avec toi.
Je n'oublierai jamais les mots de mon père.
A l'intérieur de moi une paix... celle de mon âme.
... Ce soir, inoubliable nuit,
j'ai vu le ciel bleu de mon père.
Ce soir, je dors tranquille.
L'avion en caoutchouc a fait un tour de plus dans le ciel... "
Toujours des vers libérés de toute contrainte où les sons souvent ne se répondent pas... L'écriture s'ouvre partout en échappées de lumière dans un monde noir d'horreur... Au spleen succède l'enfance, aux souvenirs de guerre les réminiscences d'harmonie... Le poète n'est plus mais son âme s'est lové dans ses poèmes épris de Beauté, d'Idéal et d'Absolu.
Parfums de Jeunesse de Antoun Halabi aux Editions Antoine.
Enfance (premier poème)
Quand j'étais tout petit
j'écrivais des fantaisies,
A présent que je suis grand
j'écris des souvenirs chantants,
seule est restée en moi
cette flamme
de devenir une âme
n'ayant aucune loi
car rien sur cette terre
ne puis me plaire
seul dans ce ciel
une lumière m'émerveille...
Ce recueil retrace le parcours d'un jeune passionné des mots... Les poèmes écrits entre 12-23 ans, semés de manière anachronique nous livrent en témoignage sa grande sensibilité, la profondeur de sa réflexion et la cristallisation de toute une palette d'émotions, de sensations et de sentiments... Une écriture jeune, toute en fraîcheur...
Au-delà de la faute de Karen Boustany aux Editions de la Revue Phénicienne
Fausse notes
"J'écris .
J'écris pour ne pas tomber
Dans l'abîme du commun.
Un corps enseveli. Des yeux.
La lumière s'éteint. Dieu.
Sur la terre, des peupliers.
Le gouffre. J'écris.
Point final."
Bréviaire de la féminité dans ses contradictions, sa sensibilité exacerbée, ses souffrances... Une poésie fiévreuse et fière revendiquant identité, féminité, liberté... Une écriture débordant de révolte et d'amour pour ce pays aussi... Un chant d'espoir pour un pays meurtri.
" Nos yeux ont appris à te construire
Tu es Terre sainte, Terre de l'avenir."
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