Quand le Tibet fait vaciller la flamme chinoise
Le Tibet rappelle au monde depuis quelques semaines qu'il vit depuis
plus de cinquante ans sous le joug de la Chine. La résistance de ce
petit état de 5 millions d'âmes face à son belliqueux et puissant
voisin ne peut nous laisser indifférent tant il ravive des souvenirs
récents à l'ensemble des Libanais.
Pourtant, on est surpris par la tournure soudainement violente de
cette résistance. Le chef spirituel de cet état jadis théocratique
nous avait plutôt habitués à des messages d'harmonie et de paix. Il est
vrai que les autorités chinoises ont toujours maintenu sur la «province autonome», perchée au sommet de la chaine de l'Himalaya, un
black out presque complet. «Loin des yeux, loin du cœur», c'est la
dure loi médiatique que les oligarques de Beijing ont bien comprise. De
temps à autre seulement, aborde-t-on rapidement le sujet de l'invasion
de son pays quand on reçoit le dalaï-lama sur un plateau de
télévision. Mais, le plus souvent, la résistance du peuple tibétain se
résume à cet autocollant qu'on voit surtout aux Etats-Unis et parfois
en Europe à l'arrière des voitures: «Free Tibet», cri dérisoire qui
affiche son idéalisme autant que le peu d'espoir de voir se réaliser
ce vœux humaniste.
Cependant, à quatre mois des jeux Olympiques de Pékin, les Tibétains
ont saisi l'opportunité de rappeler au monde qu'on maintient la
population entière en résidence surveillée depuis 1950. Les
manifestations qui ont été durement réprimées n'étaient pas le seul
fait de quelques excités, mais apparemment de toutes les voix de la
société civile: moines bouddhistes, bien sûr, mais aussi étudiants,
professeurs, travailleurs, hommes, femmes, enfants. Cette soudaine
révolte a peut-être été inspirée par la récente fronde d'autres moines
bouddhistes, birmans ceux-là, qui ont poussé la junte du Myammar à
faire mine d'avancer vers plus de démocratie.
Face à cette flambée de violence, chacun a réagi avec ses armes. Si
certains états ont conseillé aux Chinois de réprimer avec «retenue»,
d'autres, des ONG comme Reporters sans frontières ou Amnesty
International se sont fait écho de ce drame pour alerter les medias et
montrer combien la Chine est encore loin de respecter les droits
fondamentaux des populations à l'expression et à l'auto-détermination
(sans parler bien sûr des Droits de l'Homme, tabou absolu). Il n'en
faut pas plus pour que la flamme Olympique, qui traverse en ce moment
le monde, ne manque d'être soufflée par l'indignation de tous. Jugeant
probablement que l'évènement offrira de nouvelles ouvertures à
l'expression de la dissidence chinoise et tibétaine, le dalaï-lama ne
s'est pas prononcé pour le boycott des jeux Olympiques. Il y a, encore
une fois, des leçons à prendre du saint homme.
Comme un livre est aussi fait pour comprendre, nous avons fait une
sélection d'ouvrages qui permettront à ceux qui ne veulent pas rester
indifférent à la nature de la tragédie tibétaine de se faire leur idée:
Tibet, otage de la Chine, Atlas de la Chine: les mutations accélérées et surtout Les guerriers de Bouddha: Une histoire de l'invasion du Tibet par la Chine, de la résistance du peuple tibétain et du rôle joué par la CIA de Mikel
Dunham préfacé par le dalaï-lama.
La production littéraire du chef spirituel tibétain est pléthorique,
mais on pourra savourer entre autre L'Art du bonheur: Sagesse et
sérénité au quotidien.
Une œuvre reste cependant indéfectiblement attachée au Tibet éternel,
celle d'Alexandra David Neel, exploratrice extraordinaire, première
européenne (franco-belge) à avoir séjourné à Lhassa. Durant sa très
longue vie (elle s'est éteinte à 101 ans en 1969 à Digne, dans le Sud
de la France), elle a relaté son expérience de l'Orient et notamment
du Tibet en tant que journaliste et écrivaine, deux des nombreux
métiers qu'elle a exercés. Dans Grand Tibet et Vaste Chine, on peut découvrir son témoignage d'exploratrice et de témoin d'une époque tristement révolue.
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Cyril Hadji-Thomas