Pour :
«Ce départ impossible lui sembla très violent.»
«Elle s’était retournée et lui souriait dans les yeux »
«Pendant le dernier kilomètre, dans un Paris où l’air était « assez bon » selon l’indice du jour, réalisa qu’il avait effectué tout le trajet aller obsédé par la mort et celui du retour stupéfait par la vie.»
Où ailleurs que dans un Gavalda pourrions-nous lire cet alignement succulent de mots, cette créativité qui ne répond à aucune règle, cette atmosphère si particulière qui nous enrobe le temps d’un moment de grâce? 637 pages exactement pour se rendre compte, au fil des mots, que La consolante est du 100% pur jus Gavalda. Les lecteurs seront plongés dans un ravissement sans nom en découvrant Charles aux faiblesses si rassurantes, Anouk à la folie si rafraîchissante, Mathilde à la révolte si attendrissante et enfin Kate que l’on ne pourrait rencontrer que dans l’univers magique de Anna Gavalda. Pour plonger à pieds joints dans ce monde-là fait d’un alliage intelligent entre le quotidien décevant et l’ailleurs rêvé, il faut être fervent adepte, connaître tous les secrets et les codes, maîtriser les rouages et se laisser aller au doux crissement des feuilles qui se tournent d’elles-mêmes, des chapitres qui s’emboîtent parfaitement, des situations qui se mettent en place naturellement sous le stylo magique d’une Anna Gavalda qui nous sert là un parcours sans-faute. On lit, on rit, on pleure, on adore… telle est la marche à suivre lorsque l’on prend dans ses bras, avec une ferveur que seuls les vrais fans peuvent comprendre, cette magnifique œuvre littéraire qui, si elle ne répond en rien aux critères pointus des styles, a le mérite et ce n’est pas rien, d’inventer une nouvelle façon d’écrire et, de l’autre côté du miroir, et on lui doit bien ça, une autre façon de lire. Oui, parfois tout est trop, les personnages, l’histoire, les libertés que prend Gavalda avec sa plume, trop, oui, mais pas pour les fans absolus comme moi. La consolante c’est du concentré, du pur, du vrai. Et si les éditeurs ont longtemps maintenu un certain suspens, si la presse en a beaucoup fait et rajouté, si l’auteure a signé durant deux jours d’affilée son livre à des files incroyables qui ne cessaient de grossir, si cela en a certainement agacé beaucoup, c’est aussi peut-être parce que Charles, Anouk et Kate méritaient amplement ce tapis rouge pour faire leur entrée dans le monde si particulier des héros de fiction. Si la vie est un roman, on voudrait qu’il soit écrit par Anna Gavalda !
Tania Hadjithomas Mehanna
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Contre :
A-t-on le droit de critiquer ?
En décembre 2007, la presse avait déjà annoncé, sur fond de mystère, la parution du prochain roman d’Anna Gavalda pour mars ou avril 2008. Un flou volontaire destiné à alimenter impatience et empressement de tous les fans (ils sont nombreux) de cette auteure qui, en peu de temps, a su créer son propre style en matière de romans contemporains. Entre temps, Gavalda, nimbée d’une aura particulière, se la joue diva (l’hebdomadaire L’Express titre «Gavaldiva») refusant les interviews, faisant toujours planer ce doute autour de son prochain roman qu’on attend ardemment… Puis, on le découvre (mi-mars) et là, interviews et articles de presse affluent. Avant même d’avoir lu l’ouvrage, on sait tout sur tout. Pourquoi ce titre? L’histoire, son dénouement; de quoi tout gâcher aux lecteurs qui n’ont pas eu le livre entre les mains. Et pourtant, cela n’enlève rien à cet engouement “gavaldesque”. On veut l’ouvrage à tout prix. Et on en redemande. Mais, une fois entre les mains, ce pavé de 600 pages, on le dévore. Il n’y a pas à dire. On est captivé. On a envie d’en savoir plus sur ce Charles, héros attachant et fragile si bien décrit par l’écrivaine, «comme s’il était elle, comme s’il était nous». Paradoxalement, cette lecture tellement désirée, tellement adulée est décevante. On est loin de cette maitrise des techniques romanesques et du style percutant et réaliste des romans précédents (Ensemble, c’est tout ;
et Je l’aimais, ou encore Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part). Hyperboles, logorrhées, métaphores trop filées ; Gavalda en fait trop. Les fans diront que La consolante est pour elle une façon de confirmer cette technique romanesque qui lui est propre (les critiques parlent de «gavaldisme»), quant aux sceptiques, ils auront tendance à la trouver tout simplement «too much»…
Malaké Chaoui |