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Sous les pavés, des pages !
Les 900 et quelque pages des Bienveillantes de Jonathan Litell n’ont dissuadé personne. Bien au contraire. Et les émules ont suivi. Du Seigneur de Bombay aux tomes de Millénium, le succès est démesuré. Big is beautiful et le lecteur devant qui on agite sans arrêt de plus en plus de livres, de plus en plus de titres et à une cadence infernale, semble s’être transformé en lecteur vorace d’une insatiabilité inquiétante !
A l’heure où les livres poussent sur les devantures des librairies comme des champignons, à l’heure où tout le monde (et surtout n’importe qui) revendique un statut d’auteur, comment se distinguer ? Comment sortir du lot ? Comment dépasser les épreuves successives et se retrouver dans le peloton de tête ? Condition sine qua non dirait ma grand-mère, il faut d’abord savoir écrire. Oui Mammy, mais plus seulement. Le 21ème siècle est celui de tous les défis et dépits. Aujourd’hui, pour vendre son livre, il faut une plume mais également du muscle. Le «marketing» terme anglo-saxon définitivement entré dans les mœurs est le must absolu pour attirer des lecteurs de plus en plus sollicités. Alors passage télé, articles dans les journaux branchés bien sûr mais aussi couvertures attrayantes et le petit quelque chose en plus qui fera que, parmi les 300 chefs d’œuvre potentiels exposés devant nous, on choisira ce livre-là. Parmi ces arguments de poids (c’est le cas de le dire), le volume. Trimballer un gros livre semble être le nec plus ultra de ces derniers mois. En effet, tout le monde lit alors autant lire gros. Alors qu’un pavé était décrété invendable par la majorité des libraires il y a encore quelques mois, ne voilà-t-il pas que, par un effet de mode (marketing orientation, à prononcer avec l’accent british please), tout le monde ne lit plus que des 1000 pages et se fait des biceps d’enfer. Parmi ces pavés de bonnes intentions : Le seigneur de Bombay de Vikram Chandra. Plus de 1000 pages, un engouement pour une Inde qui se réveille et une couverture dorée d’un kitsch dingue, voilà les ingrédients pour que ce livre ne passe pas inaperçu. Loin des fioritures des maharadjahs et du chatoiement des saris, le monde mafieux de Bombay se révèle dans une haletante enquête un peu à la James Bond. Divertissant.
La trilogie Millénium, un phénomène en soi. Plus de 2000 pages que l’on parcourt avec avidité et qui laissent le lecteur haletant, scotché et littéralement en état de dépendance. Quel est donc le secret de ces romans policiers venus directement de Suède mais qui ne laissent personne froid ? Juste savoir que ces livres noirs cerclés de rouge, publiés chez Actes Sud dans la collection Actes Noirs spécialement créée pour l’occasion, sont issus de l’imagination de Stieg Larsson, un auteur suédois réservé qui, juste après avoir déposé son manuscrit chez l’éditeur, sera emporté par une crise cardiaque foudroyante à l’âge de 50 ans. Etrange destin surtout que les livres se vendront à plus d’un million d’exemplaires et s’apprêtent à faire le tour de la planète littéraire. Plus qu’un succès, on peut sans crainte appeler cela aujourd’hui la Milléniumania. Pour ne pas donc être exclu des conversations, à lire absolument les trois pavés Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes ; La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette et La Reine dans le palais des courants d’air.
Dans la collection blanche de Gallimard, Castor de guerre (surnom que s’était attribuée Simone de Beauvoir) est écrit par Danielle Sallenave (prix Renaudot 1980) et commente en long, large et en travers toute l’œuvre de celle qui fut la plus célèbre compagne de Sartre. Sallenave dresse un portrait fouillé de Simone de Beauvoir. On découvre toutes les facettes de la femme qui se cache derrière l’intellectuelle. On apprend tous les menus détails sur son couple avec Sartre, leur liaison sulfureuse, ambiguë. La biographe remet en question une partie de l’œuvre de la philosophe. Elle se demande en fait si elle et Sartre «ne nous ont pas menti», si leur philosophie de l’existentialisme n’est pas une utopie. Réflexion intéressante à plus d’un titre et hommage, en dépit de toute critique à celle qui a bouleversé de nombreuses femmes avec son fameux Le deuxième sexe, livre fondateur du féminisme moderne
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