Alinea, la newsletter de antoineonline.com #03 
Samedi 15 Mars 2008  

PagesLibanaises

Ne jamais oublier……



Au lendemain de la guerre, les Libanais avaient vite fait de tourner une page qui méritait pourtant plus ample réflexion. Mais l’urgence alors était de reconstruire et tenter d’oublier. C’était sans compter la résurgence des vieux démons de la guerre, le spectre d’un nouveau conflit et surtout surtout le coup de projecteur sur nos anciens traumatismes qui sont apparus sous le coup de la guerre de juillet 2006. Depuis ces terribles 33 jours, on assiste à un véritable travail de catharsis sans doute nécessaire. Même si beaucoup de libanais préfèrent détourner les yeux, il est presque du devoir de tous, en tout cas aux yeux des générations futures, de s’arrêter un instant, revenir en arrière, de trouver les mots qui feront de ce long chemin de croix une piste de décollage vers un demain qui, pour ne pas sombrer dans la tourmente, se doit de raconter l’hier.

Aux Editions L’Orient Le Jour, un recueil d’articles regroupés sous un titre qui veut dire beaucoup,
Mémoires de survie. Durant les années de guerre, Maria Chakhtoura a été bien plus qu’une journaliste. Un témoin du désarroi de tout un peuple, du quotidien difficile de citoyens ordinaires, du martyre de tout un pays. Pourquoi exhumer aujourd’hui ces textes d’un hier douloureux ? «Parce que, comme l’écrit Issa Ghoraieb, de vieux démons sont toujours là qui rodent encore en ces temps troubles où se cherche l’indépendance. Parce que l’évocation des souffrances passées est un puissant facteur de dissuasion face aux défis de l’avenir.»

 

 

«J’ai quinze ans. Je traverse la ligne de démarcation. C’est comme un film muet, pellicule noir et blanc. Noires les boutiques calcinées, blanc le soleil du Liban. J’imagine que le franc-tireur est humain. Je marche en souriant pour qu’il ne tire pas. Je prie pour qu’il ait une mère, une sœur ou une fiancée. N’importe quelle image tendre qui puisse s’interposer de manière fulgurante entre lui, l’œil du chasseur, et moi, la tête du chassé.» Publié chez Gallimard,
La main de Dieu de Yasmine Char a des mots magnifiques, des mots de poète, des mots de petite fille, des mots d’enfant meurtri pour raconter la guerre, la peine, la perte et l’adolescence à vif dans un pays exsangue. Un livre superbe à recommander chaudement.

 

Et pour que personne, jamais, n’oublie, Nadim Abboud, aujourd’hui avocat, publie chez Tamyras le témoignage poignant de son passé de secouriste à la Croix-Rouge Libanaise. Dans ce livre nécessaire au titre comme un coup de poing, La Croix des Années Rouges, l’auteur raconte d’une façon totalement objective et neutre, les horreurs, le désespoir, la cruauté et l’ampleur de cette guerre libanaise dans sa période allant de 1985 à 1993. Et lorsque l’on ferme ce livre qui relate jour par jour les missions remplies par ces bénévoles le plus souvent au péril de leur vies, on n’a plus qu’une envie, celle de prêcher la paix, maintenant, tout de suite. «J’aimerais qu’il soit lu pour ce qu’il est, comme il est, comme il a été vécu. L’histoire d’un adolescent qui s’est engagé comme tant d’autres à être secouriste et à remplir Sa Mission. Sans se douter jamais qu’il en sortira un autre homme. Nous avons tous nos histoires à raconter, voici la mienne. J’avais 17 ans » 

 

 

 

 

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