Alinea, la newsletter de antoineonline.com #02 
Jeudi 07 Février 2008 
 

En Exergue

 

Un homme de Philip Roth

« Un homme » ; un titre qui en dit long… De quel homme s’agit-il ? Est-ce une autobiographie ? Est-ce l’histoire d’un homme en particulier ? Ou plutôt celle de tous les hommes ? L’homme universel en somme ; celui des temps modernes ?

Le dernier Roth est certainement son ouvrage le plus noir, le plus pessimiste,
le plus triste après La bête qui meurt.
« Les jours où je ne peux pas écrire, j’ai envie de m’acheter un revolver et de me brûler la  cervelle »
dit l’écrivain américain à la presse.
Toujours fidèle à son esprit caustique, Roth, comme à l’accoutumée, mêle dans cet ouvrage humour cynique,  tourments existentiels et réalisme poignant. Le roman démarre par l’enterrement de cet homme qui ne s’est pas réveillé de sa dernière opération à l’hôpital. Ses enfants sont là pour le pleurer et se souvenir. « On ne peut pas réécrire l’histoire. Il faut prendre la vie comme elle vient » Telle était la maxime qui lui donnait la force de vivre et de tenir face aux vicissitudes de la vie. Après ce début in medias ress (on commence par la fin), l’auteur opère un long flash-back : on remonte dans le temps pour retrouver le récit d’une vie ; la vie d’ « un homme ».Cette structure romanesque est l’une des plus tristes, des plus virulentes, des plus troublantes. Toute la vie de cet homme défile, telle une séquence cinématographique. : sa carrière professionnelle, ses trois mariages ratés, ses multitudes liaisons amoureuses sans lendemain, sans oublier la maladie qui l’a rongée. D’opération chirurgicale en opération chirurgicale, Roth finit par décrire un corps abimé (lequel s’accorde si bien avec l’esprit de cet homme rongé par la solitude, abandonné par les siens) ; un corps déchiré que la médecine essaie de « rafistoler ». « Il n y avait que le corps né pour vivre et mourir ». Face à cette vie que l’auteur définit en ces termes effrayants de « jours sans but », la vieillesse du héros est terrible, cruelle, solitaire ; un destin fatalement trompeur.
De surcroît, cet homme n’a rien pour espérer ou  s’accrocher à la vie. Il n’est même pas croyant…. Il définit la religion comme étant une imposture. « Requiem pathétique » ; c’est ainsi que les critiques qualifient l’ouvrage de Roth. L’auteur semble regretter amèrement ce néant contre lequel il se bat continuellement. Ce court roman, ce récit sec révèle une fois de plus le « style Roth » : un style noir enrichi d’une prose sans indulgence. Des échos autobiographiques résonnent dans ce livre : celui d’un écrivain blasé, revenu de tout et qui pourtant continue d’écrire.
« Ecrire n’était rien d’autre que d’avoir le temps de dire : je meurs ».

 

 

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