La liberté comme prison
From Amazon
Un système totalitaire a été mis en place pour achever un rêve d'égalité (égalité qu'on ne peut vraiment atteindre sans détruire le concept de famille, ce qui est fait ici avec la mise en place d'une seule grande Famille, dont les membres sont sélectionnés génétiquement pour tenter d'arriver à une uniformité parfaite ; il n'y a déjà plus qu'une dizaine de prénoms autorisés), un idéal de non-violence, une tempérance absolue, bref un bonheur essentiellement non-humain, "insoutenable" (l'homme peut-il vraiment sortir de la prison que constitue sa soif de liberté ?).
Le système est régulé par un ordinateur central ("Uni"), décidant pour tous du métier que l'on va exercer, si l'on va pouvoir se marier, se reproduire, et repose sur le contrôle systématique de tous les "Membres", troupeau d'enveloppes mortes, dont les désirs, les pensées, même les performances sexuelles, sont limités par des injections régulières.
Un titre d'assez bonne qualité, même s'il aurait mérité d'être débarrassé de quelques maladresses ou éléments superflus (dans le style, en particulier les dialogues - élément toujours aussi dur à maitriser, car il faut savoir fixer la vie réelle, s'en éloigner parfois quand c'est nécessaire sans devenir trop artificiel -, et dans l'histoire.
On ne peut s'empêcher de trouver une certaine beauté dans les subtilités du système mis en place, que je ne veux pas dévoiler plus avant sous peine de vous gâcher la surprise (belle conclusion, qui laisse à réfléchir); sachez juste que ça explore le thème de la liberté comme prison. Allez, à qui on dit merci ? -Personne ! C'est "Uni-merci"...
Un concurrent intéressant au "Meilleur des mondes"
From Amazon
Même si ce livre ne peut prétendre rivaliser avec "Le meilleur des mondes" d'Huxley (les idées y sont moins nombreuses, moins pertinentes, moins développées, bien que découlant d'un postulat à peu près semblable à celui d'AH), il a le mérite de rester pertinent trente ans après. Dans le futur de Levin, la société humaine est entièrement régie par un super-ordinateur, l'Uni, qui décide du métier et de la date de mort de chaque individu (fixée à 62 ans). Cette société ressemble beaucoup à celle décrite dans le classique d'Huxley: uniformisée, génétiquement améliorée (l'oeil vert du narratateur est perçu comme un défaut physique), privée de libre-arbitre, ayant aboli guerre et misère, très médicalisée (les individus reçoivent des "doses" visant à réprimer leurs pulsions), sexualité "libérée"...
Quelques originalités cependant: contrairement à la structure hiérarchique qui prévaut dans "le meilleur des mondes", les individus appartiennent ici à une unique gigantesque famille (tout le monde s'appelle "frère" ou "soeur"; il n'existe par ailleurs que quatre noms pour les garçons et quatre pour les filles, chiffre-composant idéal de la famille occidentale). Et bien sûr, sans doute l'élément le plus "dépassé" du livre, le "superordinateur" -alors qu'Huxley mettait exclusivement l'accent sur le biologique et le chimique. Un livre agréable à lire, donc (malgré une traduction qui, sans rivaliser avec le charcutage infligé au "meilleur des mondes", laisse à désirer), qui a vieilli par certains côtés mais dont la plupart des idées n'ont rien perdu de leur côté "glaçant".
Un roman palpitant !
From Amazon
"Un bonheur insoutenable" emprunte au fameux roman "Le meilleur des mondes" d'Aldous Huxley cette idée qu'une société n'est jamais aussi déshumanisée que lorsqu'elle s'assigne pour objectif d'assurer le bonheur de ceux qui la composent - la fameuse opposition du bonheur à la liberté. Mais contrairement à son prédecesseur, Ira Lévin n'a pas imaginé que la poursuite d'une idéologie du bonheur devrait déboucher sur une société inégalitaire. Au contraire, alors que le meilleur des mondes est peuplé d'Alphas, Betas et autres catégories individus totalement hermétiques et hiérarchisées, le monde du bonheur insoutenable cherche à se peupler de "frères" et de "soeurs", "membres" tous égaux de la Famille ; dans l'idéal, il tend vers l'uniformité. Cette innovation peut se comprendre si on se réfère aux dates. En effet, Aldous Huxley écrit "Le meilleur des mondes" en 1938 tandis qu'Ira Lévin écrit "Un bonheur insoutenable" en 1969 : entre ces deux époques, le régime nazi a démontré qu'il n'était d'ambition plus destructrice que celle de "purifier" la race.
Autrement, on retrouve dans les deux romans les mêmes principes : le bonheur des individus ne peut être assuré qu'en limitant leurs désirs au point de les rendre abouliques - à l'étrange exception près du désir sexuel, comme si ce pouvait être la seule source de plaisir dont l'être humain pourrait se satisfaire -, ce qui impose le recours à la drogue, au conditionnement et finalement à l'eugénisme tant positif que négatif que seul un pouvoir centralisé peut mettre en oeuvre.
Cependant, "Un bonheur insoutenable" est bien plus passionnant que son illustre prédécesseur. En fait, l'action est tout à fait palpitante et on se trouve véritablement pris dès les premières pages par les aventures du jeune Copeau dans ce monde si étrange que l'auteur a eu la sagesse de rendre assez intemporel en se contentant d'une description très générale des aspects matériels pour se concentrer sur le mode de vie. Ainsi, "Un bonheur insoutenable" ne déçoit jamais le lecteur parce que l'auteur y évoquerait, par exemple, des ordinateurs qui feraient pâle figure à côté du moindre des micros que nous utilisons aujourd'hui. Comme un bon vin, on peut dire que ce roman a très bien vieilli.
une excellente contre-utopie
From Amazon
Le monde dans lequel vit Copeau ressemble à une utopie : pas de guerres, pas de famines, le confort, l'absence de souffrance, le plaisir, l'égalité. Mais ce bonheur obligatoire, imposé, devient oppressant pour le héros qui va vouloir conquérir la seule chose qui lui manque, la liberté. Ce livre est à la fois un roman d'anticipation, d'aventures et d'amour mais aussi une réflexion sur l'utopie : il réunit tout ce qu'on peut demander à un livre: nous divertir et nous faire réfléchir et il le fait à merveille. Je l'ai adoré à 15 ans et relu 15 ans plus tard avec toujours autant de plaisir. La plupart du temps, il plait beaucoup à mes élèves de lycée car il est plus facile et agréable à lire que "le Meilleur des mondes" de Huxley, "1984" de Orwell ou "Nous autres" de Zamiatine qu'on classe également dans les contre-utopies.
l'éternelle quête du bonheur..
From Amazon
Le bonheur se cuisine à toutes les sauces.Aldous Huxley avait imaginé un monde prônant l'inégalité, Ira Levin lui, décrit un future aseptisé, où toutes les imperfections humaines sont gommées grâce à un traitement élaboré par un super ordinateur faisant office de guide spirituel.Le bonheur est insoutenable parce que tout le monde sait que c'est une affaire personnelle et qu'il n'existe pas de recette miracle universelle. Copeau recherchera le sien en refoulant l'inhibition et en se créant un comportement individualiste. Ce roman est aussi l'occasion de revoir d'une manière quelque peu candide nos sentiments les plus primitifs : amour, haine, jalousie et j'en passe.Je suis heureux que ce livre soit à nouveau édité, je l'avais emprunté à l'âge de 12 ans et il m'avait fortement marqué.Bonne lecture.